Notes de juin

Lève la tête ! Redresse ta figure et va te promener. Sous un ciel gris, une pluie battante, un soleil assassin, dans la neige, tes pas ratés, la caillasse ou le bord de mer, remonte le désert vers la lune en larmes, descend le récif jusqu’à la plus haute montagne, escale le ciel, traverse les océans, amouraches-toi d’un souffle lointain, érige des villes sur un monticule courbé, renverse l’histoire, pardessus, va au plus bas, arrache les racines avec tes dents, creuse le vide de tes mains et retourne encore à la pénombre, yeux clos écarquillés dans cette tête sans nul visage, fais le tour de toi.  Immobile. Puis marche encore, jusqu’au seuil.

Nul ne viendra tenir ses promesses. Fais volte-face avant d’être lâchée par le bas. Encore. Ton l’œil fixé sur ses propres lagunes, remonte le courant pour la peine. Approfondis chaque espace avec ta pensée de chair, donne du cœur au chagrin, de la distance à tes larmes épuisées. Ton corps à ton âme, donne tout, sauf ta nuit. À l’agonie ! l’espoir à jamais sous terre. N’attends pas. Rien. Marche tant bien que mal vers la lagune sèche, songe à rien avec les restes du tout. Ton ventre et tes tripes ! Cortège de l’invisible qui suit le son des cloches avec l’absence. Voix sans voix. Le calme grouille de silences concaves. Mais l’espace ouvert entre deux obscurités allonge le monde. La route qui va à ta tombe et les champs où tu t’allonges pour contempler l’immensité de ton œil clos. Pour ensuite réaliser que ta solitude est entière, jusqu’au silence grouillant et jusqu’à se confondre avec le lointain.

Abandonne l’infini ! Refais chaque recoin de toi, tapisse ton espace de cailloux et de cheveux. D’algues blues, de dentelle noire, d’amour étouffé, refais l’éternité avec les verres cassés et les chimères de l’aube. N’attends rien. Reviens au soir des origines et remonte le Nord perdu sans espoir. La rose rouge, écrase-la jusqu’au sang ! Jusqu’à la nausée et jusqu’à l’apaisement. Désapprends le mensonge ! Fais ta vérité comme un tableau avec les tripes. Puis, une fois pour toutes, mets ton cœur à l’abri. Brise l’espoir avec les rancunes et doute sans rien perdre de la splendeur. Car ta solitude est le trésor que nul ne peut te voler. Sans rien trahir, renverse l’horizon sans rien perdre de sa longueur. Lève la tête. Nul ne viendra tenir ses promesses. Abandonne le royaume et l’infini. Puis reviens à la nuit tombée comme pour embrasser les yeux absents.

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