On peut marcher longtemps sans que quelque chose dans le chemin ne se transforme sous nos yeux. Les mêmes pas, les mêmes gestes, les monologues silencieux et les pierres qui ne sont jamais que des pierres. On peut aller loin comme on va nulle part. Quelque chose en nous s’est fixée, enracinée comme à un sol fertile qui lui donne à boire en abondance. Un rêve, une pensée, une obsession que l’on ne veut pas lâcher ou qui ne nous lâche pas. Et on ne saura jamais laquelle ne veut pas lâcher l’autre. Une sorte de coalition se fait entre ce qui est et ce qui n’est pas, l’invisible fixe le visible comme dans un miroir en négatif où l’on voit un monde fait de notre regard. Il est là, à deux pas de la maison, dans les bois ou entre les édifices qui dessinent les villes, la même caillasse, les arbres dressés, les maisons ou les poteaux électriques, tout se précise à l’identique ;  le cours de la rivière et les mers agitées dans notre imagination, dans le ventre et le cœur à la renverse qui ne cesse jamais d’espérer ce qui n’est pas fait pour ce côté-ci du regard. Du côté des poteaux dressés et des lucioles électriques. Malgré la satanée évidence, malgré les cailloux lancés et malgré tout ce que l’on sait – tout ce que l’on ne sera pas. Tout un firmament d’heures blanches et de trous noirs, des astres à la dérive qui illuminent un vide absolu. Par endroits, par intervalles, des douleurs transcendées et un coin de ciel où cacher un secret profond. Une vie rêvée et une vie vécue, à la jonction des deux, là où quelque chose se transforme brusquement ; une autre pensée, un autre rêve, un paysage qui sort de l’imagination et le Tout qui revient du songe pour fixer un autre chemin. On y marchera longtemps, ou non. Tiraillés entre le vivre et l’exister, l’œil et le regard, entre deux probabilités et une obsession à la fois ancienne et pourtant nouvelle, une obsession de nos yeux métaphysiques où le Tout est à la fois fixe et mobile. Ou le Tout est égal à Rien. C’est-à-dire, à tout ce que l’on peut y mettre dedans. Jusqu’à la mort qui est le seul trou noir au centre du cercle. Renouvellement sans fin. Nos atomes éparpillés feront pousser des pierres, des poteaux, des pensées et des rêves pour l’infini.

pb

Une réflexion sur “Notes

  1. Bon jour,
    Je retiens: »… On peut aller loin comme on va nulle part… » cela me fait penser à la course de la Terre sur son orbite et sa rotation comme une toupie…et cet ensemble de planètes et autres menés par la course effrénée du Soleil…etc etc etc … et nous sommes à la fracture d’une distance dans l’immobilité apparente et la récurrence tel un yo-yo…
    Bonne journée 🙂
    Max-Louis

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