Des crucifix suspendus aux murs. Étrange dessin du ciel chargé de blessures humaines. Dehors, les cloches de l’église sonnent les heures qui filent dans les sentiers jaunes et bleus de la mémoire ;  des foulards noirs et du linge étendu sur les larges cordes du destin, se croisent entre les poulaillers et la fumée chargée de braise ou de pain. Splendeur odoriférante qui embaume le demi-jour d’anxiétés heureuses. Tout revient comme émergé d’un rêve déjà rêvé, avec les vieilles démences et les cris des bêtes qui rejouent un même concerto pour célébrer le recommencement d’une tragédie ancienne. Du cœur serré, à travers la mêlée des arbrisseaux sauvages et jusqu’au ventre nerveux de la terre, une tendresse féroce, tachée de colères qui durent une minute et s’éteignent comme les étoiles du ciel quand monte un soleil rouge-doré derrière les monts découverts ; vient l’heure de réinventer le jour jusqu’à ce que quelque chose d’autre se mette à bouger du dedans vers le dehors.

Vient l’heure où la vision nocturne se répand brusquement dans un tourbillon de lumière fait pour le brouhaha des cerveaux pressés. Et on attendra longtemps que le génie humain surpasse l’exiguïté triomphante. Peut-être à jamais, du dedans qui éclate et brûle comme un soleil de midi tapant sur les tuiles vermeilles, face à la paresse lénifiante de la pensée ; on attendra à jamais, cette musique sauvage et libre qui ouvre toutes les dimensions voilées. On attendra que les cloches se taisent et que sonnent les heures qui manquent à notre désir. Les beautés du monde dans un imaginaire magnétique, on attendra que se taisent les vieux démons de vertu sanctifiés. On attendra, peut-être à jamais, qu’on enterre les évidences captieuses dans un caveau fleuri.  On attendra. Ô mon amour ! on attendra qu’il n’y ait plus de retour pour s’aimer. On attendra, le cœur à jamais amoureux d’un sourire d’enfant, d’un sanglot de mélancolie, de cette saudade indéfinie faite de nos sentiments d’éternité. On attendra, un foulard qui flotte au-dessus des cordes tendues, on attendra ce qu’on attend plus.

pb

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s